Saïd se garde bien de faire voyager son esprit. Il ne se laissera pas griser par les vagues de touristes qui ont déposé sur les rives de son village une écume de devises. Fort comme sa bufflesse et têtu comme son âne. Il a fait le choix de la constance.
- Mood:
artistic
De toute façon , la vieille Hamza ne voit rien. Elle ne s’est même pas aperçue que les touristes ne viennent presque plus depuis 2006. Depuis les bombes qui ont explosé à Dahab, puis à Sharm el Sheikh. Elle ne voit quand les bédouins qui gardent le Check Point a l’entrée de Tarabin reçoivent de nouvelles armes, quand les contrôles de police se font de plus en plus fréquents dans les hôtels, quand un bâtiment militaire mouille quelques jours dans les eaux dangereuse qui séparent Tarabin des Montagnes d’Arabie que l’on distingue au loin.
En fait, ce que Hamza refuse de voir, c’est le péché de l’Homme. Celui qui le conduit à transformer le paradis en enfer, celui qui l’a conduit à sublimer le naturel avant de le rendre immonde, celui qui l’a fait jeter la Paix originelle en pâture aux lois métaphysiques et inatteignables de la géostratégie…
- Location:Beach of Tarabin
- Mood:
aggravated
Le bonheur ici semble un poids si lourd à porter pour une génération baignée dans le flux médiatique des Grandes Souffrances. L’apitoiement vécu comme une corvée de tous les jours. Le bonheur n’est plus un idéal. C’est un secret qui ne se divulgue plus décemment. Aujourd’hui, il semble facile d’être heureux. L’Heureux n’a pas d’histoire ni même d’existence, il ne mérite pas d’exister puisqu’il ne contribue pas à la Vie. Ici, l’Heureux ne passe pas à la télé, c’est un médiocre qui se contente de ce qu’il a. Qui s’accommode lâchement de ses névroses.
- Location:Back in Cairo
- Mood:
blah
Amir est assis là, au milieu des siens. Dans un univers de cordialité. Son crâne est un désert et son visage un champs de labour. Mais ses yeux ont vingt ans. La main crispée sur le pommeau d'une vieille canne, il cherche au plus profond de lui le moteur de sa vie. Un mot. Une idée qui scintille au-dessus du débat. Ce mot honni et banni d’occident. Cette boîte de pandore que là-bas on considère avec mépris.
Révolution
Qu’on ne s’y méprenne pas. La révolution n’est pas dans ce contexte une passion adolescente. Ce n’est ni un idéal ni une étape vers la fin de l’histoire. Ici, la révolution est nostalgie. Dans ce regard encore pur et brûlant, gît toute la fureur d’un siècle renié. Le piétinement des pavés et la valse des puissants. Ces petits qu’on érige et ces palais qu’on saccage. La braise du tribun et le gel des prisons.
Au milieu des siens, Amir reconstruit son passé etessaye de comprendre comment son pays en est arrivé là. Pendant son discours, il observe un à un ces auditeurs : médecins, commerçants, et journalistes. Une élite culturelle désabusée. Un réalisme calme et distant. Il cherche vainement cet adolescent qui lui ressemble. Celui à qui il pourra confier le flambeau de la passion pour l'égalité et la justice. Dans cette galerie de visages respectueux et figés, dans cet atmosphère de recueillement mémoriel, il traque cet être vivant encore assoiffé d’avenir et de changements. Mais il se retrouve seul face à sa propre image : celle d’un jeune homme de vingt ans animé par la haine de l’Empire. Qu’il soit Ottoman, Britannique, ou Américain.
- Location:Lumières du palais Abdine
- Mood:
cheerful
C’est alors que sa jeunesse atteignait son firmament qu’il rencontra la femme du Sinaï.
Il l’a rencontré à Sharm el cheikh. Un soir de fête et d’insouciance. À la fin d’une excursion épuisant au monastère Sainte Catherine. Beaucoup de bédouins l’avaient déjà sollicité pour qu’il se marie. Mais sa vie lui réservait encore tant de surprise qu’il n’attendait rien d’un tel mariage. C’était le temps ou l’alcool, le sexe et le shit le grisaient encore. Il se sentait alors îlot de liberté dans cette société pleine d’interdits et de frustrations. Mais à force d’excès, la lassitude et l’ennui l’avaient gagné. Il épousa la femme du Sinaï. Celle que les gens d’ici extrayaient du pavot qu’ils cultivaient. Celle qui ici était moins chère que la bière. Que l’on rencontrait au coin de la rue et que tout le monde vendait en parfaite impunité.
Il était revenu avec sa femme au Caire. Dans les ruelles étroites du centre ville, il l’avait présenté a ces vieux amis. Ceux qui n’avaient pas réussi à trouver du travail et sombraient maintenant dans les abîmes de l’oisiveté. Dans la rue, la femme du Sinaï avait déjà commencé à dicter sa loi. Beaucoup ne pensaient, n’agissaient et ne ressentaient que par elle. Elle les habitait et plus rien ne comptait pour eux.
C’était en 1999. Depuis Karim a passé près de 8 années dans cette union saumâtre. Pour son épouse, il a volé, escroqué, tué. Il a risqué mille fois la peine capitale. Mais l’amour de la femme du Sinaï a toujours été plus puissant. Aujourd’hui, il ressort à peine de ses trois semaines de coma profond, première étape vers la désintoxication totale. Il tâte son épaule gauche et sent la vie à l’intérieur. Une petite plaque d’endorphines y diffuse de précieuses molécules qui l’aideront à oublier son amour d’antan. Karim est chanceux. Il s’apprête à gravir à nouveau la montagne de la vie…
- Location:Cairo's flat
- Mood:
cold - Music:Cairo's night
Le soleil apparaît. Halo improbable dans ce ciel si trouble. Ahmed le regarde pour la dernière fois de la journée avant de passer la porte de l’atelier. Il lâche alors la main de sa mère et descend comme un automate les quelques marches de pierre au bout du couloir. Le métier est là. Il se sent toujours minuscule devant cet enchevêtrement de coton et de laine. Les fils le submergent. Il se noie chaque matin face au monstre de bois et de tissu.
Le monstre a faim. Il engloutit le petit garçon et se repaît de ses efforts. Ces huit heures durant, ces dix doigts déformés virevolteront d’un fil à l’autre avec finesse et agilité. Le monstre aime l’agilité. C’est de cela qu’il se nourrit. Les heures s’enfuient dans la course du soleil. Le mouvement incessant des mains se poursuit. Tandis que la mort se rapproche
La lumière revient. Un groupe d’êtres humains. Différents. Ils regardent. S’extasient. Flânent. Ils descendent. Sa sœur baisse les yeux et se rapproche de manière imperceptible vers le tabouret d’Ahmed. Les tubabs l’ont aperçu. Ils s’approchent de lui avec une curiosité malsaine. Un enfant qui travaille. Rien de plus normal pour Ahmed qui ne connaît personne de son âge allant à l’école. Le regard nacré d’une jeune fille blanche se pose sur ces petits doigts. Il le sent tandis qu’il enchaîne les nœuds avec une application soutenue. Au bout de longue seconde d’interdiction, il ose enfin se retourner et ne comprend pas pourquoi cette belle demoiselle pleure en le regardant. Alors, il se met à pleurer lui aussi. En silence. Sans raison.
Les Tubabs sont partis depuis bien longtemps. Sans bruit, avec une application religieuse. Ahmed sort de l’atelier dans la nuit animée et douce. Il prend la main de sa sœur et pose ses pieds les uns devant les autres en évitant la boue et les flaques d’huile de moteur qui jonchent la rue. Dans ce pays ou Dieu est devenu le seul à pouvoir prendre des décisions politiques, plus personne n’a le choix. Il n’y a que le système, qui pose ses bases noueuses et insoutenables sur les épaules d’Ahmed. Il n’y a que des hommes, qui n’oublient jamais de conserver leur dignité intacte.
- Location:Living room, empty
- Mood:
confused - Music:Cairo's night
A quoi sert un blog? `
Pourquoi je fais ce blog?
Un tour de la basse Egypte et du désert Lybique. Un cambriolage. Une appareil photo en moins... La vie n'a d'intérêt que dans l'expérience. Alors, l'expérience me dit que cette voie empruntée n'est pas la mienne et ne me correspond pas. J'ai voulu faire un blog esthétique, banal, et pratique. Et finalement je me suis que ces trois qualificatifs restent éloignés de l'image que je me fais de moi même... alors fuyant la fuite, je cherche un objet intelectuel correspondant plus à ma réalité. Je ne suis pas dans l'ephémère qui fixe le grain sur la photo. Je ne recherche pas cette seconde d'eternité qui résume toute une existence; Alors, fonctionnons autrement. tout du moins essayons le... Les mots parlent après tout souvent pmieux que les photos.
Je reprend à mon compte l'une des maximes de alaa al aswani, qui dit qu'un bon roman n'est rien d'autre que l'histoire de personnages intéressants. L'Egypte est un reservoir de personnages. Un portrait, une photo, ne suffirait pas à comprendre la complexité d'une société. Alors, voici les milles et uns visage de l'Egypte que je vais tenter de vous décrire.
- Mood:
energetic - Music:Rage Against the Machine (ehh oui)

(From Al-Ahram Weekly)
Ce Samedi 6 Octobre est fête nationale en Egypte. En fait la date même du 6 Octobre est un élément fondamental du nationalisme Egyptien actuel. Il y a en plein centre du Caire le pont du 6 octobre et à sa périphérie le nouveau quartier du 6 Octobre.
Il s'agit du 6 Octobre 1973. Date marquant la fin de la guerre que nous appelons en France "guerre du kippour" opposant Israël à ces voisins arabes. Cette date est donc présenté comme un grand moment de recueillement national pour commémorer les autres victoires de la grande Egypte Nationaliste: la prise du détroit de Suez en 1956, la "victoire" de 1967 dans la guerre des 6 jours, et la "victoire" de 1973. Pour nous la ficelle paraît grosse, elle fait sourire. Comment est-il possible de transformer au nez et à la barbe de 70 millions d'Egyptiens une victoire en défaite ?? Pourtant tout le monde y croit: alors il ne suffit pas de hausser les épaules en appelant à quelques notions bien pratiques comme "propagande" ou même "bourrage de crâne". Je pense qu'il est tout simplement facile de donner à un peuple le passé qui lui plaît.
Le nationalisme n'est finalement rien d'autre qu'une reconstruction de l'Histoire. Une façon de voir le verre à moitié plein. A l'échelle du projet politique, on appelle ça de la démagogie voire même du négationnisme dans les cas les plus graves. A l'échelle de l'individu, on parlera de dignité. Je me rappelle ses propos d'un certain NS qui en meeting politique justifiait le fait de valoriser le caractère positif de la colonisation au motif "que pour aimer les autres il faut commencer par s'aimer soi même", avait il dit. La dignité et l'amour propre est un projet personnel, pas un projet de société. C'est de l'intégrité d'un peuple tout entier qu'il s'agit.
- Mood:
embarrassed
Le triste sédentaire emmitouflé dans le confort douillet d'une démocratie occidentale semble malheureux de ne pouvoir mesurer son bonheur. Dans le voyage, il est de ses nuits d'anxiété pour vous rappeler le prix réel de cet élément essentiel qu'est la santé. Il suffit de revenir vivant d'une nuit à l'hopital du caire. La pratique du système de santé Egyptien rappelle à quel point l'être humain est une structure fragile. Nous appartenons à une espèce pour laquelle la survie est véritablement un problème social et pas seulement affaire d'hygiène individuel. Alors que d'autres espèces s'arment de dents, de griffes et de poisons pour perdurer, l'homme ne peut compter que sur la coopération et l'organisation en société pour parvenir à exister et à perdurer.
Ainsi, plus résistant et le plus sain des hommes, colosse aux pieds d'argile, reste entièrement dépendant d'un système de santé efficace et compétent sans lequel, le moindre accident de parcours prend des proportions démesurées.
- Mood:
aggravated
Bref, on est installé dans ce royaume du kitsch que semble l'aménagement intérieur à Zamalek. Dans un quartier calme (n'imaginez rien de comparable en france, tout est relatif) ou l'on a besoin de trois intervenants intermédiaires (qu'il faut rémunerer bien sur...) pour payer un loyer. Ou un inconnu vous donne une carte sim dans la rue sans d'autres explications et ou l'on fait ses courses en général autour de 23h.
Le rapport au temps et à la distance est beaucoup plus diffu qu'en occident. C'est je crois la première source du décalage culturel.
- Mood:
high
Alors puisqu'il faut que je conserve une image positive de ces 584 heures de supplices, il faudra parler de douceurs sucrées et acides à la fois. Mais cela ne contrebalancera pas la pluie battante et les discussions avec des collegues néonazis en pantoufle.
Enfin, pour ne rien gacher. il m'aura fallu connaitre les pommes pour comprendre ce que le mot précarité veux dire... Et le travail de saisonnier contient pour paradoxe d'être aussi vieux que le monde tout en portant en lui même les maux les plus critiques de notre monde du travail contemporain.
- Mood:
blah
La Bibliothèque Universitaire d'Oslo, tout juste refaite à neuf
Ce pays tout entier est un message incarné aux chantre d'un libéralisme par défaut et d'une mondialisation de désespoir de cause. Il se dresse éffrontément devant les foules de "c'est comme ça", les hordes "d'on y peut rien", les marées implacable "d'il faut l'accepter". Réflexion sur la mondialisation, sur les inégalités Nord Sud, la Norvège est une leçon d'économie politique vivante.
Qu'on ne s'y méprenne pas surtout, Il ne s'agit pas ici de faire une ois de plus l'éloge du sacro sain "modèle scandinave". Que les amateurs de sieste pendant les cours de politique comparée ont érigé rapidement sur le pinacle de la panacée sociétale. Le pays propose uin modèle de société bien éloigné de ce que peuvent connaîte ses voisins Finlandais, Suédois ou Danois. Il ne s'agit surement pas de précariser à outrance, de réduire la main d'oeuvre au rang de simple variable d'ajustement "flexible" et corvéable. On parle au contraire àpropos du pays des Vicking de "capitalisme social". A l'heure ou, dehors, la concurrence fait rage au dela du rationnel, ce pays se repais derrière de solide barrières douanières, continuant pourtant à importer les innombrables produits nécessaire à une société véritablement post industriel, pusique dépourvue de toute industrie.
Alors bien sur me direz vous, la découverte du pétrole y est pour beaucoup dans l'édification de ce petit eldorado ou l'emploi est quasiment garanti à vie et ou le chômage atteind le niveau dérisoire de 2.1%. Mais la ressouce naturelle nécessite aussi de puissants contrôles démocratiques et d'une bonne dose d'inventivité pour aboutir un modèle de société efficient et équitable.
- Mood:
contemplative
Après deux mois complets de boulot, c'est vrai que ça s'imposait. Alors, puisque mon coeur tendait depuis si longtemps vers le septentrion, l'aurore infini m'a appelé un certain Dimanche 2 Septembre... Ni une ni deux, je chaussait mon casque à corne et enfourchait mon drakkar pour conquérir ces terres si hospitalières...
- Location:Haute Savoie
- Mood:
awake - Music:Marie's voice, through Skype

anxious